Vin, terroirs et œnotourisme

Vins & vignobles

Nom de vin par ordre alphabétique : Pouilly-Fumé se range-t-il au P ou au F ?

Maël Kerbihan 6 min de lecture
Nom de vin par ordre alphabétique : Pouilly-Fumé, P ou F ?

Chercher un nom de vin par ordre alphabétique semble simple, jusqu’à ce que la liste mélange Chablis, Château Margaux et chardonnay. Ces trois noms ne désignent pas la même chose. Avant de parcourir une liste de A à Z, mieux vaut savoir ce que l’on cherche : une appellation, un domaine ou un cépage. Voici comment s’y retrouver, avec un mini-répertoire et des règles de classement claires.

Ce que recouvre « nom de vin » : quatre réalités différentes

L’expression est ambiguë parce que le langage courant range sous le même mot des objets distincts. Les listes que l’on trouve en ligne les mélangent souvent, ce qui explique la confusion de nombreux lecteurs.

Appellation, domaine, cépage : la distinction qui évite les erreurs

Une appellation est un nom géographique encadré par un cahier des charges : Sancerre, Pauillac, Bandol. Elle renvoie à un lieu et à une manière de produire, pas à un producteur. Un domaine ou un château est l’exploitation qui élabore le vin, et il peut produire dans une ou plusieurs appellations. Un cépage est la variété de vigne dont provient le raisin : syrah, grenache, cabernet sauvignon. Enfin, la cuvée ou le nom commercial est le nom choisi par le producteur pour une bouteille précise.

Un exemple simple : un vin peut s’appeler « Cuvée des Anciens », être produit par un domaine de Vouvray, porter l’appellation Vouvray et être élaboré avec du chenin. Quatre noms, quatre niveaux. Dans une recherche alphabétique, savoir lequel on tient en main détermine la liste à consulter.

Pourquoi le cépage change tout

Le cépage est le seul de ces quatre noms qui relève de la botanique. Selon les éléments recensés, 99 % du vin produit aujourd’hui provient de variétés de l’espèce Vitis vinifera. On dénombre près de 10 000 espèces de vigne, mais environ 1 000 seulement servent réellement à élaborer du vin. Les cépages se classent donc dans un répertoire à part, avec leurs propres synonymes, ce qui complique la recherche.

Un mini-répertoire alphabétique pour s’orienter

Aucune liste courte ne peut être exhaustive, mais un échantillon réparti sur l’alphabet montre bien comment un même index peut regrouper des types d’entrées différents. Le tableau ci-dessous précise, pour chaque nom, sa nature et son ancrage géographique, une information que les simples listes oublient trop souvent.

Lettre Nom Nature Région ou origine
A Alsace Appellation Alsace
B Bandol Appellation Provence
C Chablis Appellation Bourgogne
C Cabernet sauvignon Cépage Cépage rouge répandu
M Margaux Appellation Bordeaux
P Pomerol Appellation Bordeaux
S Sancerre Appellation Loire
S Syrah (ou shiraz) Cépage Cépage rouge répandu
V Vouvray Appellation Loire

Cette présentation par type évite un piège fréquent : chercher « Margaux » dans une liste de cépages, ou « syrah » dans une liste d’appellations. Si vous partez d’un nom de bouteille sans savoir à quelle catégorie il appartient, lisez l’étiquette : l’appellation y figure en général sous le nom du vin, et le cépage n’est mentionné que s’il est indiqué.

Classer correctement : accents, traits d’union et noms composés

C’est ici que la plupart des index deviennent irréguliers. Plusieurs règles simples, appliquées de façon constante, suffisent à rendre une liste fiable.

  • Les accents ne comptent pas. Saint-Émilion se range comme « Saint-Emilion », à la lettre S.
  • Le trait d’union se lit comme un espace. Pouilly-Fumé se range à la lettre P, comme Pouilly-Fuissé, et non à F. C’est le premier mot du nom qui commande.
  • Les préfixes de statut se laissent de côté. « Château », « Domaine » ou « Clos » indiquent le type d’exploitation. Un domaine se range plus utilement par son nom propre, même si certaines listes choisissent l’inverse. L’essentiel est de le savoir avant de chercher.
  • Les synonymes se recoupent. Syrah et shiraz, grenache et garnacha, albariño et alvarinho désignent respectivement un même cépage. Cherchez sous les deux orthographes.

Les noms historiques demandent aussi un peu d’attention. Les Premières Côtes de Blaye, par exemple, sont indiquées pour la période 1936-2009, et le Saumur Rosé de Cabernet pour 1957-1964. Si un nom ne figure pas dans un répertoire récent, il a peut-être simplement changé de statut ou disparu, plutôt que d’être mal orthographié.

Dépasser l’ordre alphabétique : région, couleur, cépage

L’alphabet répond bien à la question « comment s’écrit ce nom ? », beaucoup moins à « que vais-je boire ? ». Dès qu’on veut comparer ou découvrir, il faut croiser d’autres critères.

Trois filtres à combiner

Le premier est la région : Bordeaux, Bourgogne, Loire, Rhône, Alsace, Champagne, Provence, Languedoc, Roussillon, Savoie, Corse. Chaque région regroupe plusieurs appellations, et c’est souvent le plus rapide pour situer un nom inconnu. Le deuxième est la couleur et le style : rouge, blanc, rosé, effervescent, liquoreux. Le troisième est le cépage dominant, qui donne une première idée du profil aromatique. Un lecteur qui connaît le chenin saura que Vouvray l’intéresse, même sans jamais avoir ouvert une bouteille.

Une feuille de vigne offre une bonne image de cette logique. Son limbe correspond à la liste alphabétique : tout y est étalé et on voit l’ensemble d’un coup d’œil. Mais ce sont les nervures qui structurent la feuille et qui permettent de la lire. L’ampélographie, la discipline qui décrit et distingue les cépages, s’appuie d’ailleurs sur l’observation de la feuille pour les identifier. Un répertoire de vins fonctionne de la même façon : la région, la couleur et le cépage sont les nervures qui relient chaque nom à un ensemble, et sans elles l’alphabet n’est qu’une surface plane où l’on se perd.

Le terroir, ou pourquoi deux vins du même cépage ne se ressemblent pas

Un même cépage ne donne pas le même vin partout. Le terroir, c’est-à-dire le sol, le climat et les pratiques locales, influence son expression. Voilà pourquoi une liste de cépages ne remplace jamais une liste d’appellations : elle indique la matière première, pas le résultat dans le verre.

Comment utiliser une liste de A à Z selon votre profil

Le bon usage dépend de ce que vous avez en tête. Si vous avez un nom précis lu sur une carte ou une étiquette, allez directement à la lettre, puis vérifiez sa nature : appellation, domaine ou cépage. Si vous explorez, partez plutôt d’une région, relevez ses appellations, puis reportez-vous à l’index alphabétique pour retrouver les noms qui vous intéressent. Si vous préparez un achat, retenez l’appellation avant le domaine : elle fixe la zone et le style, alors que le domaine ne fait que préciser le producteur.

Pour un débutant, un bon réflexe consiste à se constituer sa propre liste de quelques noms, à raison de deux ou trois par lettre, en notant à chaque fois la région, la couleur et le cépage. Au bout de quelques semaines, l’alphabet cesse d’être un simple classement et devient une carte mentale du vignoble.

Maël Kerbihan

Partager cet article

Retour en haut